La sexualité des couples qui durent


LA FEMME

L'amour

Durant des années, la recherche scientifique a ignoré la sexualité des personnes âgées, comme elle l'avait fait avec celle des enfants. On considérait de toute manière qu'il n'y avait de vie sexuelle que pendant la période de fécondité. Seules 1 % des femmes interrogées par Alfred Kinsey, dans son premier rapport sur la sexualité, ont plus de soixante ans ; on passe évidemment sous silence le fait que 84 % d’entre elles ont encore une activité sexuelle. La sexualité du troisième âge était donc un sujet tabou. Aujourd'hui, il est intéressant de remarquer que la vie sexuelle des femmes interrogées est plus souvent faite de rêves et d'auto-érotisme que de rapports complets. Ce fait, confirmé ensuite par un certain nombre d'études, a une explication démographique : les femmes vivent en moyenne sept à huit ans de plus que leurs compagnons, et ceux qui sont encore là ne sont pas toujours dans leur meilleure forme physique et psychique. Passé un certain âge, il est beaucoup plus difficile pour un homme d'avoir une vie sexuelle satisfaisante que pour une femme. La peur de l'impuissance pousse souvent les hommes à des vagabondages de vérification dans les bras de femmes plus jeunes. C'est une double injustice vis-à-vis de leurs compagnes, qui subissent les conséquences psychologiques de cet abandon ainsi que les dommages physiques que peut causer une abstinence forcée.

Après soixante ans, les femmes continuent à consulter des gynécologues. Mais elles ont souvent affaire à des médecins qui ont du mal à dépasser les préjugés qu'ils entretiennent sur la sexualité du troisième âge, et qui devraient donner lieu à une sérieuse remise en question. Les problèmes les plus fréquents sont d’ordre génito-urinaire ou concernent les thérapies hormonales des femmes ménopausées. Mais la question la plus pénible est certainement la dyspareunie, une douleur qui accompagne le rapport sexuel. Dans la moitié des cas elle a une origine physique qui est facile à vérifier. Il suffit de savoir de quel type de douleur il s'agit (brûlure ou contraction), à quel moment elle apparaît (avant ou après le rapport), et si elle s’étend au-delà de l'appareil génital. Quand s'y ajoutent des coliques ou des migraines, son origine psychologique ne fait plus de doute. Il s'agit alors de cerner les significations psychologiques associées au rapport sexuel, pour s'assurer que la dyspareunie ne masque pas une forme déguisée de dépression. L'application d’une pommade à base d'œstrogènes suffit souvent à résoudre le problème. En effet rien ne prouve que le désir diminue avec l'âge. Selon les études de Masters et Johnson, la libido féminine peut au contraire s'épanouir après la ménopause. Même chez la femme, les hormones masculines dont le taux augmente après la ménopause sont celles du désir.

La réalité contredit donc les préjugés de la société. On peut vivre une sexualité épanouie au-delà de la période de fécondité. Néanmoins, aujourd’hui encore, ce préjugé fait des ravages car il propose un message des plus schizophréniques : les femmes doivent d'une part renoncer à leur sexualité, et d'autre part affirmer leur féminité à l'aide de lifting ou de régimes amincissants. Entre ces deux extrêmes, bien loin des tourments de l'adolescence et guidée par la liberté qu'offre la maturité, la femme aurait l'opportunité de trouver la place d'une sexualité sans problème.

L’HOMME

Il se trouve dans la situation opposée : la société le pousse à exercer ses talents jusqu'à un âge avancé, alors que la nature l'inhibe en posant sur sa route toutes sortes d'obstacles physiologiques. En effet, les hommes d'un certain âge sont non seulement privés du carburant (les hormones) mais aussi de la puissance du moteur : les artères et le système vasculaire perdent en élasticité, ce qui, pour des raisons hémodynamiques, met en péril l'érection. Les érections spontanées se raréfient, la période de récupération, ou période réfractaire, est de plus en plus longue. La sensation orgasmique, liée à la contraction des muscles bulbo et ischio-coxygiens, a tendance à pâlir alors que la quantité de liquide séminal et la fertilité diminuent, sans pour autant disparaître comme chez la femme.

Évidemment, chacun vieillit à sa manière. Nombreux sont ceux qui remplacent leurs intérêts sexuels par la bonne chère. Mais certains hommes ne supportent pas l'idée de voir diminuer leurs possibilités sexuelles. Ils se conforment alors à des stéréotypes sociaux fixés à l'avance.

  • Ils se laissent aller à de petites escapades, la plupart du temps avec des femmes plus jeunes, le plus souvent payées en monnaie sonnante et trébuchante ou en avantages sociaux. Ils peuvent aussi trouver des relations adultères entre seniors.
  • Quand à ses escapades s’ajoute un besoin irrésistible d'objets symboliques tels qu'un voilier ou une Ferrari, il s'agit alors d'une régression préoccupante vers des comportements typiquement adolescents.
  • Elles peuvent aussi tomber dans l'alcoolisme, refuge des hommes déçus qui ne peuvent s'abandonner à la dépression, comme le font les femmes.

En somme, l'homme vit après soixante ans aussi longtemps que ses comportements précédents le lui permettent.

LE COUPLE

Avoir des rapports sexuels fréquents quand on est marié depuis des décennies ne signifie pas forcément qu'on a une vie sexuelle heureuse. Le recours au sexe peut devenir aussi compulsif que la recherche de médicaments : il devient affaire d'hygiène, non d’érotisme. Pour savoir si votre vie sexuelle entre dans cette catégorie, demandez-vous à quel moment de la journée vous faites l'amour : le matin, le sexe est souvent instinctif ; l'après-midi et le soir, il laisse plus de place à l'érotisme. Naturellement, il y a ceux qui, mariés depuis cinquante ans, continuent à faire l'amour comme la première fois. Ce sont eux, les vrais héros de l’amour.

À la recherche des recettes de l'amour durable, j'ai préparé pour un magazine féminin un sondage auprès de ses lectrices. Voici quelques-unes des réponses les plus significatives parmi les cinq cent cinquante premières fiches parvenues. La question était la suivante : qu’est-ce qui fait que vous êtes encore avec votre mari ? Si on met à part ceux qui ont transformé l'érotisme en tendresse ou en source de désagrément, les autres ont communiqué des réponses d'une tout autre saveur :

  1. « Le désir de rendre mon mari heureux » dit Maria ; et Silvia d'ajouter « parce qu'il est exubérant ». Une preuve de plus de la généreuse nature de certaines femmes.
  2. « Parce que je continue à l'admirer, même si je connais ses limites », disent en chœur Caria et Ermanna.
  3. « Parce que nous n'avons pas de préjugés et que nous aimons la transgression sexuelle. C'est ce qui a renforcé notre complicité », dit Elisabetta qui ajoute qu'il leur arrive quand même de faire l’amour dans leur chambre.
  4. « Parce que nous avons connu ensemble la pauvreté et tant d'autres difficultés, ce qui nous a rapprochés », affirme Rosella.
  5. « Parce que je suis jalouse. Je le satisfais depuis des années pour éviter qu’une autre ne le fasse », soutient Grazia.
  6. « Parce que, dans mon imagination, je parviens à condenser en lui beaucoup d'hommes », affirme Enrica.
  7. « Parce qu'au bout de vingt ans, il réussit encore à déclencher en moi la même secousse électrique », conclut Teresa, qui ajoute, en bonne maîtresse de maison, que « le même plat peut lui sembler excellent, et être jugé passable ou même immangeable par une autre ».

Encore faut-il savoir choisir le juste menu.