Le couple qui dure

On dit que le mariage est le tombeau de l’amour. Je dirais plutôt que c'est le tombeau des attentes excessives.


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Les clefs de l'amour

Le conquérant se métamorphose en mari pantouflard. Les grands frissons ? Un remerciement qu’on n'attendait plus pour une chemise repassée. Quant à la femme-araignée, qui avait tissé une toile d’érotisme et d'intelligence, elle s’effondre devant la télévision, et n’a le courage de sortir que pour aller voir sa maman.

Quand les rôles se figent, les premiers conflits naissent. Alors s'insinue le doute : n'a-t-on pas épousé une illusion ? Lorsque l'inertie gouverne, le couple se fonde sur une fidélité passive qui n’a rien à voir avec une monogamie volontaire. En revanche, l’inquiétude fait courir au couple un autre danger : celui des aventures extra-conjugales dans lesquelles les femmes d’aujourd’hui s'embarquent tout autant que les hommes. On sait d'ailleurs que, dans 75 % des cas, ce sont les femmes qui demandent le divorce. Il leur manque cette propension qu'ont leurs paresseux partenaires à accepter les compromis et à maintenir artificiellement en vie des relations en état de mort cérébrale.

Les premières mésententes touchent l'alcôve conjugale. Avec l'âge, Éros semble préférer le sel de la nouveauté à la tiédeur de l'habitude, à moins que la tendresse ne prenne le pas sur l’érotisme. Mais les racines de ce problème sont bien plus lointaines. Elles se situent dans les profondeurs insondables de deux émotions fondamentales : la rage et l'ennui.

Qu’elle ait des causes légitimes, la rage n’en est pas moins dangereuse quand elle s'accumule et qu'elle couve en silence. L'histoire de Stéphanie en est un bon exemple. Elle a épousé un boxeur amateur qui est devenu un professionnel de l'alcool, frustré par sa carrière ratée. Il voudrait remonter sur le ring, mais son entraîneur le lui déconseille. À la moindre prise de bec, il prend sa femme pour un punching-ball et la boxe avec violence. Stéphanie aura la chance de rencontrer un juge compréhensif qui lui conseillera vivement de quitter son mari au plus vite, et qui se chargera de la protéger contre d'éventuelles représailles.

Il faut pouvoir transformer sa rage en sentiments positifs. C’est faute d'avoir su le faire que Marina continue d'éprouver du ressentiment à l'égard de son frère, qui, lorsqu'il allait au cinéma avec sa petite copine, l'emmenait avec lui en guise de couverture. C'est avec raison qu'elle s'est sentie manipulée. Mais cela justifie-t-il qu'elle se venge sur un mari innocent, présenté comme le pire des exploiteurs ?

L'ennui, bien plus sournois que la rage, peut n'être que le masque de la dépression. Il est aussi parfois la conséquence directe d'une répression constante de désirs pourtant légitimes. L'ennui persécute le couple de sa morsure invisible dès qu'on ne s'attache plus à enrichir le lien et que l'habitude prend le pas sur la complicité, au nom de règles qui perdent leur sens. « On a toujours fait comme ça », ne cesse de répéter à Nadia son mari Dominique, pour qui toute nouveauté est source d'angoisse. Il est ennuyeux et routinier, toujours attentif à défendre le statu quo. C'est un employé modèle dont la seule fonction est d'exécuter fidèlement les ordres de son directeur, et lorsqu'à 17 h 30 précises il retourne chez lui, il demande à sa femme la même soumission aux règles d'une vie tranquille. Mais Nadia est à deux doigts d'exploser, et, après avoir tout tenté pour changer son mari, elle attend juste que ses enfants soient assez grands pour s'en aller. Qui lui donnerait tort ?